Arnaud
de Boisfleury

Bio

Arnaud de Boisfleury est né en 1957 à Neuilly-sur-Seine. C’est sa passion pour la chanson et le cinéma qui le conduisent à la musique.
D’abord par la guitare qu’il apprend en autodidacte avant de découvrir le jazz moderne. Parallèlement à l’étude de la guitare, il prend des cours de clarinette au conservatoire, et, tout en composant très jeune ses premières musiques originales, il suit des cours d’harmonie à la Schola Cantorum puis devient illustrateur musical à France Télévision.

La musique qu’il a composée en 2016 pour le documentaire de Christophe Duchiron, Paris-Province (Une Rivalité Capitale), de la série DUELS pour France 5, reflète parfaitement sa sensibilité.
Fondée sur la mélodie et la prééminence des instruments acoustiques, un peu à la manière de « chansons sans paroles », l’approche toute en simplicité et en délicatesse d’Arnaud de BOISFLEURY se réfère à la tradition de l’école française de musique pour le cinéma qu’ont si bien illustré ses aînés François de Roubaix et Georges Delerue.

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A propos de
Arnaud de Boisfleury

Interview Arnaud de Boisfleury / Christophe Duchiron

Arnaud de Boisfleury, compositeur, et Christophe Duchiron, réalisateur, nous parlent de leur collaboration entamée en 2015 avec le documentaire « Naissances à la ferme » et poursuivie cette année avec « Paris province, une rivalité capitale », deux films diffusés sur France 2.

Comment est née votre collaboration ?

Christophe Duchiron : J’ai été journaliste pendant vingt ans à France 2 avant de faire des documentaires, et on s’est rencontrés comme ça puisqu’Arnaud est aussi illustrateur sonore pour France Télévisions.

Arnaud de Boisfleury : J’ai fourni des musiques sur des sujets qu’il réalisait.

Christophe Duchiron : A l’époque, c’étaient des sujets plus courts, de reportage, dans le cadre de JT ou d’émissions de sport comme Stade 2. On se connaissait avant qu’Arnaud écrive des musiques pour mes films. C’est important parce qu’on parlait déjà de musique, on discutait déjà de son rapport à l’image. On est passé par conséquent assez facilement à une autre forme de collaboration sur les documentaires.

Pourquoi ce choix d’une musique originale ?

Christophe Duchiron : Parce que c’est du sur-mesure, parce qu’on fait en sorte que ce soit parfaitement adapté à l’esprit et au ton du film, et que cela sera toujours mieux que de piocher dans des catalogues qui existent, même s’il m’est arrivé par ailleurs de m’en servir pour d’autres films. Je trouve passionnant de collaborer avec un musicien, parce que ça m’oblige à réfléchir sur le film, sur ce qu’il doit être. Parler musique avec Arnaud  me fait progresser dans l’idée que je me fais du film.

De combien de temps avez-vous pu disposer en amont, pour la phase préparatoire ?

Christophe Duchiron : Je me suis mis au montage en septembre et je crois qu’on a commencé  à échanger en juin, même avant. Je suis un peu maniaque mais j’aime bien avoir même si ce n’est pas la musique dans son orchestration définitive, au moins les thèmes, même si le son n’est pas abouti. Ça m’aide beaucoup pendant le montage.

Arnaud de Boisfleury : Et c’est génial pour moi : discuter, se voir, écouter. Je fais entendre des morceaux à Christophe, et je fais mon tri en découvrant petit à petit le film au fur et à mesure qu’il m’en parle. J’essaie de commencer par le thème le plus « cœur de cible », pour être sûr de ne pas tomber à côté. Puis j’en fais deux, trois, quatre, que je lui fais écouter. Pour le documentaire sur la rivalité Paris-province, je me suis inspiré de musiques des années 50, Tati, des choses comme ça. Au début, Christophe était un peu embarrassé. Il me semble que tu trouvais ça trop espiègle, trop rigolo, nous avons donc fait une petite mise au point. J’étais un peu décontenancé, mais j’ai pris ma revanche par la suite, parce que tu as presque tout utilisé.

Christophe Duchiron : Ce qui était compliqué avec Paris et la province, c’est que ce n’étaient pas deux personnages, mais deux entités, deux territoires. Il fallait incarner deux entités assez floues, et la musique devait y contribuer. On est donc partis sur des mots, des idées. Paris, sa richesse artistique, mais aussi son côté suffisant, condescendant, et la province qui ronronne dans son coin, qui ne dit rien, tout en étant capable de surprendre…etc… Pendant ce temps, je continuais à préciser mes intentions. On a peu à peu réorienté notre travail.

Tout cela sans images…

Arnaud de Boisfleury : Moi, franchement, je n’ai pas besoin d’images pour composer. J’ai besoin de mots par contre. C’est pour cette raison qu’on discute beaucoup. Je sais qu’il faut que je travaille avec cinq ou dix mots, et s’il y en a un qui n’est pas dans la musique, ça ne va pas, il faut que je le fasse entrer au chausse-pied dans le thème. C’est pour ça que je suis content de travailler avec Christophe, parce qu’il me fait confiance, ce qui est très agréable. Il ne flippe pas, en tout cas il ne le montre pas, et il me laisse le temps. Je me rappelle que sur notre premier documentaire, une sorte de conte sur la naissance chez les animaux, Christophe m’a dit pendant le montage qu’il avait besoin d’une musique pour la toute fin du film. Je l’ai faite très vite, je lui ai envoyé et ça collait parfaitement. Parce que le cadre était bien défini, qu’on s’était bien compris en amont.

Christophe Duchiron : Pour nous, la musique va commencer par un langage. Et je trouve ça fascinant de traduire avec des mots ce qui va donner naissance à de la musique. Bon, on se connaissait avant, donc ça aide un peu.

Arnaud de Boisfleury : Sur ce premier film sur les animaux, c’était assez facile à imaginer, la nature était la couleur prédominante alors que sur le deuxième, c’était un peu plus compliqué, il y avait ce contraste, faire deux styles de musique différents tout en restant dans le même film.

Christophe Duchiron : En fait, c’est ce qu’on avait imaginé au départ mais au final, on n’a pas fait ça.
 
Arnaud de Boisfleury : Et peu importe d’ailleurs. Ce travail de mots, ce travail préalable, c’est un moyen d’avancer, de sortir de la matière, un moyen pour que lui se détermine et que moi je me dise : ça, ça sonne, ça, ça sonne pas. Après, on retient ou pas, mais cela n’a pas beaucoup d’importance. Ce n’est pas une méthode qui est validée jusqu’à la fin. C’est artisanal et très pragmatique. Il y a aussi une chose que je peux faire avec Christophe, mais pas avec tout le monde, c’est donner des musiques dont je suis sûr mais qu’il ne va pas forcément mettre à l’endroit que j’ai prévu. Il peut faire glisser des musiques et moi, j’adore. Je retrouve des morceaux qui ne sont pas du tout où je voulais et je m’en fiche, j’ai l’impression que je ne me suis pas trompé parce que c’est une musique de ce film-là.

Du coup, c’est le décalage qui vous surprend. En bien…

Christophe Duchiron : Exactement, et je trouve cela très intéressant. Il faut laisser de la place aux accidents, à une certaine forme d’improvisation.

Arnaud de Boisfleury : Je pense que la musique est réussie à la fin quand cela fonctionne, mais c’est un travail collectif. Le travail du compositeur est évidemment important parce que c’est lui qui propose la matière musicale mais c’est aussi parce que le réalisateur a choisi de la mettre à cet endroit, qu’il l’a mixée d’une certaine manière… Il y a aussi le monteur qui intervient. Mon boulot, c’est d’apporter une musique qui sonne, qui tient debout, qui est cohérente, qui a une couleur. Après, j’ai bien conscience que cette musique est prise en charge par le réalisateur comme il l’entend.

Christophe Duchiron : Pour donner un exemple, il y avait une contrainte spécifique dans «  Paris province », celle d’illustrer des petits dessins animés. C’est la première fois que j’utilisais de l’animation. Avec beaucoup d’interrogations, notamment sur l’illustration sonore. Au début, je n’avais pas forcément imaginé de la musique, juste quelques petits sons, quelques bruits minimalistes. Mais on s’est rendu compte que la musique composée par Arnaud tombait très bien sur ces séquences animées. Donc, très vite au début du montage, on s’est dit qu’on allait réutiliser des choses déjà faites.

Parlons des intervenants extérieurs, à commencer par le diffuseur. A-t-il eu son mot à dire dans le processus de composition et/ou d’arrangement ?

Christophe Duchiron : Pas du tout. La chaîne n’est pas intervenue et s’est déclarée très contente de la musique. Cela dit, le créneau de diffusion joue un rôle important. Notre premier documentaire animalier était destiné à la case familiale du dimanche après-midi, il n’y avait donc pas un gros enjeu. « Paris province », c’était après le prime time, à 22h30, ce n’était pas non plus un enjeu énorme. En revanche, quand il s’agit de films programmés à 20h30, j’ai cru comprendre, en en parlant avec des collègues, que la donne change. Là, les diffuseurs ont peur et interfèrent dans tout, et notamment la musique. Ce qui peut donner lieu à des choix malheureux. Combien de fois j’ai pu lire des critiques de documentaires où l’on dénonce le fait que tout soit dramatisé, surligné, qu’on en fasse des tonnes... Nous, on nous a laissés tranquilles, mais on était protégés par le créneau.

Et l’éditeur, Cézame dans le cas de « Paris-province », quel rôle joue-t-il ?

Arnaud de Boisfleury : La musique que j’écris sort chez Cézame, donc c’est un partenaire naturel et vu le caractère du film, j’avais besoin d’une musique intimiste, sans machines, avec de vrais instruments, ce qui nécessite un peu plus d’argent qu’il n’y en avait avec la seule production du film. De manière plus générale, c’est toujours mieux d’avoir un éditeur qui peut proposer des instrumentistes, des studios, et qui fait vivre la musique après. Pour ce film, lorsque j’ai composé les premiers thèmes un peu espiègles dans le style années 50, je n’arrivais pas à les faire sonner en maquette, et Cézame m’a proposé de collaborer avec un autre compositeur maison, Baptiste Thiry, qui s’est occupé des arrangements. J’ai pu faire écouter à Christophe des maquettes qui sonnaient. C’est une souplesse, un réservoir de possibilités en plus.

Et vous Christophe, intervenez-vous dans le choix de l’orchestration ou des instruments ?

Christophe Duchiron : Non. Enfin, il y a des sonorités que je n’aime pas. Les marimbas par exemple, j’ai du mal. Plus généralement, je n’aime pas la grosse cavalerie, je suis plutôt minimaliste, mais Arnaud le sait. En même temps, il faut essayer de pas être trop dogmatique. C’est bien de ne pas avoir trop d’idées préconçues. J’adore être surpris. J’ai toujours tendance à penser que ce sera toujours mieux que si j’impose un truc.


Arnaud de Boisfleury : Je suis persuadé que si tu es surpris, c’est un plus pour le film, parce que ça apportera quelque chose de frais, d’hétérogène par rapport à ta pensée, à ta vision.

En tant que réalisateur, Christophe, vous n’avez donc pas peur d’être dépossédé de votre film par le compositeur ?

Christophe Duchiron : Pas du tout. Je suis plutôt « collaboratif ». Je ne considère pas que le film m’appartient, au contraire. Sans verser dans la démagogie, je pense que le film est une œuvre collective. Je profite autant du travail d’un chef opérateur que d’un preneur de son, d’un monteur ou d’un compositeur. Evidemment, il faut savoir où l’on va, mais je préfère faire confiance aux autres.

Arnaud de Boisfleury : Et moi, j’adore ça. J’ai beaucoup de mal à faire des musiques pour moi, j’aime composer de la musique associée à un projet collectif, à un réalisateur, à un film, à son contenu. Je découvre un sujet, et ça me lance sur une musique à laquelle je n’aurais jamais pensé. C’est toujours une aventure.

Christophe Duchiron : Pendant des années, Quentin Tarantino refusait les partitions originales parce qu’il aurait eu le sentiment d’être dépossédé du film si un compositeur s’en emparait, sauf sur le dernier où il a fait appel à Ennio Morricone. Je trouve ça un peu dogmatique, un peu jusqu’au-boutiste, même si ses bandes-sons sont super.

On peut aussi lui donner raison, dans le sens où une musique mal conçue peut gâcher un film…

Arnaud de Boisfleury : Oui, et c’est parfois très compliqué à gérer humainement pour le réalisateur, quand un gars s’est démené des semaines pour la composer. Il y a plein d’anecdotes comme ça, de gens qui se brouillent parce qu’ils se sont mal compris.

Christophe Duchiron : William Friedkin, par exemple, qui était copain avec Lalo Schifrin. Friedkin lui demande une musique un peu épurée (pour « L’Exorciste » en 1973). Schifrin arrive avec une bande très orchestrée. Friedkin n’en veut pas. Tout part à la poubelle.

Arnaud de Boisfleury :  C’est toujours un risque de prendre une musique originale. C’est un plus, mais c’est aussi un risque.

Christophe Duchiron :  Mais un risque intéressant, qui peut être salutaire.

Propos recueillis par Jean-Stéphane Brosse

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