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03 – Une identité à conquérir

VocalionComme d’autres formes d’activités et expressions nouvelles, la production music a longtemps connu une forme de discrimination, qui se traduisait par l’utilisation de termes péjoratifs: «musique au mètre», «musique de stock» et «Muzak». Musak (contraction de «musique» et «Kodak») était une société américaine spécialiste de la musique d’ambiance destinée à la sonorisation de magasins, lieux publics, ascenseurs etc. dans le but d’inciter à la consommation en créant un environnement sonore rassurant et confortable. Aujourd’hui, c’est la variété «mainstream» qui remplit cette fonction dans les grandes surfaces, et la dance music dans les magasins qui se veulent «branchés».

Cependant, les grands genres musicaux de la culture populaire du XXème siècle ont eux aussi connu, pour diverses raisons, une forme de discrimination. Selon certaines sources, jazz signifierait à l’origine «musique des maisons closes», «race music» (dénomination à connotation raciste recouvrant le blues, le rhythm n’blues et la soul music) désignait aux USA la musique afro-américaine jusqu’aux années 50, sans oublier «rock n’ roll», terme emprunté à l’argot, et signifiant trivialement «faire l’amour». Ceci montre bien à quel point les mots employés évoluent selon la reconnaissance du public.

Cette évolution s’est également produite au sein d’un domaine tout autre, mais avec lequel, une comparaison est envisageable : celui de la mode vestimentaire, dont l’histoire peut rappeler celle de la production music.

Il y a encore une soixantaine d’années, les termes de «confection» ou «prêt-à-porter» étaient connotés de façon péjorative. On leur préférait celui de «sur mesure», qui signifiait vêtement de goût ; le chic selon l’expression de l’époque, quand bien même ce «sur mesure» pouvait être l’œuvre de tailleurs médiocres.

Ironie de l’Histoire, la démocratisation de la mode, conséquence de l’évolution de la société, a conduit les grandes maisons de couture (Dior, Chanel, Saint Laurent), puis les créateurs (Jean-Paul Gaultier, Karl Lagerfeld) à concevoir des lignes vestimentaires de «prêt à porter» pourtant si décrié par la bourgeoisie. Ces créateurs sont à la fois impliqués dans la haute couture, et dans le même temps, concepteurs de collections destinées à un public plus large.

C’est donc un univers de création multiforme que l’industrie vestimentaire a fait naître en développant le phénomène des marques de prêt à porter, sans pour autant renoncer à la haute couture qui reste un laboratoire de tendances pour les modes à venir. D’autres domaines d’activité ont connu une évolution semblable dans la deuxième partie du XXème siècle. Le design industriel en est l’exemple même.

Comme toutes les autres formes de création, la musique n’échappe pas l’évolution de la relation qui s’est nouée entre art et fonction tout au long du XXème siècle.

Destinée à l’origine aux collectivités locales, une table dessinée par Jean Prouvé (dite table Conférence) dans les années 50 et fabriquée industriellement dans ses ateliers selon des normes purement fonctionnelles, a autant de valeur, artistique et marchande, du fait de son exceptionnelle esthétique, que des œuvres de peintres français célèbres de la même époque.

Ce n’est pas la table Conférence, objet fonctionnelle, qui entre aujourd’hui au musée, mais l’œuvre conçue par Jean Prouvé : sa création intellectuelle.

Le métier de la musique n’a pas encore pris conscience de ce phénomène et s’obstine, par exemple, à appeler « artistes » les chanteurs. Bien entendu certains chanteurs sont d’immenses artistes, au vrai sens du mot, mais ils sont loin de l’être tous a priori. Il existe un fossé entre l’acception commune de certains mots et leur signification réelle.

De la même façon, dans le domaine de la musique, les créateurs ont eux aussi vocation à offrir au public des œuvres fonctionnelles et de qualité, porteuses de l’émotion nécessaire au message audiovisuel mais pourquoi pas susceptibles de dépasser le cadre stricte de leur fonction, de leur destination première. La production music est probablement le domaine le plus favorable à l’éclosion de telles œuvres : un champ de création.

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