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15 – Conclusion, interrogations et perspectives

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Certains prétendent aujourd’hui assimiler la musique à une marchandise. Les tenants de cette idée, dont certains lobbys, souhaiteraient voir disparaître le droit d’auteur, le considérant comme obsolète et inadapté aux récentes évolutions technologiques. Plus prosaïquement, ces conceptions s’appuient sur des raisonnements purement et bassement économiques. Cependant, même si l’œuvre de l’esprit qu’est la musique participe à ce qu’il est convenu d’appeler « la société de consommation », laquelle fait largement appel à son pouvoir émotionnel, notamment dans la publicité, elle ne peut pas pour autant être considérée comme un produit. Au contraire, sa nature même exige qu’elle soit soumise à des règles différentes.

La création musicale est aujourd’hui confrontée à un défi majeur et fondamental : le maintien du principe des valeurs du droit d’auteur.

Verra-t-on à l’avenir, des éditions «délocalisables», faisant appel à des compositeurs produisant de la musique «à la chaîne» pour permettre à des producteurs audiovisuels de l’acquérir à moindre coût, sans considération aucune des droits dus aux auteurs et ce, par contrecoup, au détriment de la qualité de leur travail ? En d’autres termes, une édition sans créateurs ni éditeurs, et une production audiovisuelle au sein de laquelle la musique ne jouerait qu’un rôle négligeable, voire inexistant.

En tout état de cause, la disparition du droit d’auteur serait, en Europe, un regrettable retour aux pratiques du 18ème siècle, qui annihilerait les avancées qui fondent aujourd’hui nos règles de droit, ainsi qu’une part de notre culture.

Dans une époque où le poids des lobbys semble sans limite, il faut garder à l’esprit que les lois qui fondent notre société existent pour protéger ceux qui, sans elles, seraient démunis face aux puissants.

Il faut donc espérer que des sociétés de production music s’imposent et favorisent l’émergence de nouveaux talents, dans un souci constant de qualité. Ces sociétés, grâce au service qu’elles apportent, pourraient devenir des marques de référence, des «love mark», comme dans d’autres secteurs d’activités où l’originalité et la qualité de la création font toute la différence.

Les perspectives offertes par l’ère numérique à l’édition musicale, et la musique en général, sont considérables. Dans le contexte actuel, le potentiel de la production music est particulièrement porteur si nous l’appréhendons sous l’angle de la création alliée à la fonction. Il est encore trop tôt pour en percevoir tous les aspects, mais il est acquis que la découverte d’œuvres et de talents nouveaux implique de nouvelles techniques de promotion, de publicité et de distribution, de nouvelles formes de communication.

Dans un métier où la masse d’œuvres en circulation est de plus en plus importante, il sera, dans un avenir proche, vital pour les éditeurs de musique de concevoir des moteurs de recherches permettant l’accès à leurs répertoires enregistrés ou imprimés, grâce à des mots-clefs («tags») destinés à référencer les œuvres. Si cela n’était pas le cas, des pans entiers de la création musicale seraient voués à disparaître, entraînant des pertes inévitables pour les patrimoines éditoriaux.

De la qualité du référencement de l’œuvre musicale dans les moteurs de recherche dépendra son accès aux utilisateurs, public ou professionnels de l’audiovisuel. Dans ce domaine, un métier nouveau et indispensable à l’édition musicale reste à inventer : celui de documentaliste.

Mais au-delà de la performance des outils de communication et des techniques de marketing, c’est la création qui demeure la clef de voûte de toute activité éditoriale. « Une édition ne se fait pas sans auteurs (Gaston Gallimard) ». Dans ce domaine, le rôle de l’éditeur de production music, comme dans n’importe quelle autre forme d’édition, est de permettre la diffusion de l’expression du talent des créateurs. Ainsi, nous pouvons imaginer que dans les années à venir, des professionnels de l’audiovisuel rechercheront des musiques, non pas uniquement en fonction de leurs besoins, mais aussi parce qu’elles auront été écrites par des musiciens qu’ils aiment ; tout comme nous écoutons nos artistes favoris pour le plaisir. Ces mêmes créations pourront, parallèlement à leur accès dans le réseau de l’audiovisuel, être appréciées par le grand public, sans tenir compte de leurs destinations premières.

Depuis deux ans la production music a ses récompenses : aux Etats-Unis, les Mark Awards, organisés à l’initiative de PMA (Production Music Association), et les Library Music Awards au Royaume-Uni. Ces manifestations qui devraient certainement faire école dans d’autres pays créent une émulation qui laisse entrevoir une évolution de l’activité.

Un travail considérable et passionnant reste à accomplir pour que la production music puisse devenir le champ de création qu’il est potentiellement depuis si longtemps.

Frédéric Leibovitz

(Avril 2014)

© 2014 by Cézame Music Agency – Frédéric Leibovitz Editeur

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